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Test : Ageless sur Nintendo Switch

Caractéristiques du jeu

  • Catégorie(s) : Aventure/Plateforme/Casse-tête
  • Editeur(s) : Team 17
  • Développeurs(s) : One More Dream Studio
  • Voix : N/A
  • Sous-Titres : Allemand, Anglais, Espagnol, Français, Italien, Portugais, Russe, Chinois
  • Date de sortie : 28 Juillet 2020
  • Joueur(s) : 1
  • Taille : 503 Mb
  • Classe d’âge : 7

Je me rappelle quand j’étais plus jeune d’une exposition à laquelle j’ai assisté. C’était au musée Granet, et le sujet était “Picasso-Cézanne”; ou comment l’impressioniste aixois a  gagné le respect du maître espagnol qu’il a grandement influencé. L’exposition était incroyable, voir côte à côte les oeuvres qui depuis petit me faisaient voyager était quelque chose de très émouvant. La puissance des couleurs de Paul Cézanne répondait à la déconstruction de Pablo Picasso. Ma soeur, petite alors, a eu cette phrase magnifique devant un tableau de Cézanne mis à côté d’un dessin préparatoire de Picasso “Ah donc Cézanne faisait le dessin et Picasso faisait le brouillon ?”. Nous avons ri, beaucoup. Cette phrase m’est revenu en mémoire lors du test présent. “Ah donc Matt Thorson a fait Celeste et Ageless c’est le brouillon ?”. 

Car dès sa présentation en février, Ageless souffre de la comparaison avec Celeste. L’aspect 16-bit du jeu, sa thématique, son style plate-forme/aventure/énigme, tout faisait penser au petit bijou de 2018. Et après tout, pourquoi pas ? Super Mario en son temps a donné ses codes au jeu de plateforme avant d’être suivi de tout un tas de titres apportant son petit lot de nouveautés; il était légitime que Celeste, carton indépendant et apportant son lot de réinventions du genre, fasse aussi des émules. Cependant, le titre de One More Dream Studio souffre de la comparaison sur plus d’un point.

Vous incarnez Kiara, une jeune femme solitaire qui souffre de dépression, n’a aucune confiance en elle et va se retrouver possesseuse d’un don : celui de pouvoir modifier l’âge des êtres vivants. Commence alors un voyage dans le monde au cours duquel vous ferez face à diverses péripéties et quêtes. Vous devrez faire des choix personnels et difficiles, mais nécessaires pour faire avancer l’histoire ainsi que votre personnage dans sa conquête d’estime de soi.

 

Les aventures de la jeune fille vous trimballeront aussi bien sur les terres de l’étrange Pandora qu’au fin fond d’une jungle luxuriante, en passant par une ville fantôme et une cité détruite par le temps qui passe. Ces niveaux sont composés de plusieurs tableaux dans lesquels vous devrez faire preuve non seulement de réflexion et d’un certain talent à la manette, mais aussi d’ingéniosité et d’inventivité. La mécanique principale du jeu est votre arc mystique. Grâce à lui, vous vieillirez ou rajeunirez les êtres que vous frapperez de vos flèches. Un bourgeon deviendra une liane qui vous permettra de franchir un précipice rempli de pics mortels. À l’inverse, un rhinocéros adulte et menaçant vous fonçant dessus deviendra bien inoffensif une fois redevenu enfant. Chaque être vivant, animal ou végétal traverse 4 stades : “Enfance-Adulte-Vieillesse-Mort”. Et il vous sera nécessaire de trouver à quel stade la cible devient utile. Chevaucher un orque afin de récupérer une clef sous-marine est impossible, vous vous noyez trop vite ? Rajeunissez-le et utilisez la bulle d’oxygène que forme le veau en nageant afin de remplir vos poumons. 

Cette mécanique centrale trouve aussi sa force dans des passages de plateforme, où en puisant l’énergie vitale d’un être, vous gagnerez suffisamment de force pour vous projeter dans n’importe quelle direction. À vous de trouver la façon de franchir chaque étape. Et si les premiers puzzles n’offrent que peu d’alternatives, les suivants vous laissent le champ libre car tant que ça marche, le marouflage est encouragé. Sauter par dessus une rangée d’ennemis lançant des épines m’étant impossible, j’ai préféré tous les rajeunir à l’état de larve et ainsi traverser tranquillement sans aucun danger. 

Mais voilà, le plaisir fut de courte durée et ce qui devait être le test d’un jeu d’aventures et de réflexion s’est transformé en une longue dégringolade de niveaux en niveaux. Car si Ageless semble très prometteur sur le papier, dans les faits, il est truffé de problèmes qui enlèvent tout le plaisir du jeu. À commencer par la maniabilité. Un jeu de plateforme, pour être agréable à jouer, doit avoir une maniabilité irréprochable. Or, le titre souffre d’un trop grand nombres de bugs occasionnant des morts à répétition.

Là où Celeste fait du game over un apprentissage car les seules erreurs commises sont de notre fait, Ageless nous laisse un sentiment d’amère frustration car la mort se trouve plus souvent dans un bug du jeu que dans une maladresse du joueur. Par exemple, le level design est fait pour du quasi “pixel perfect”. Une certaine précision est donc exigée. Problème : le système de visée est désastreux. À l’origine prévu également pour PC, viser à l’arc via la souris est un plaisir, c’est réactif, facile et intuitif. Au joystick, nous nous retrouvons sur la limite d’un 360° analogique et il n’est pas rare de manquer notre cible suite à un caprice de la manette. Ce système de visée occasionne un ralentissement du temps, permettant ainsi de pouvoir ajuster notre tir sans se presser. Mais c’est aussi l’occasion de créer de nouveaux bugs. Car à la sortie du ralentissement, vos inputs ne sont pas pris en compte, vous pouvez ainsi vous prendre un projectile 2 secondes après avoir appuyé sur le bouton saut car rien ne s’est passé à l’écran. Ce ralentissement du temps vous demandera aussi d’être parfaitement immobile, car pour peu que votre personnage soit en déplacement à la frame d’avant, vous glisserez immanquablement sans pouvoir annuler vos pas et bien souvent étant au bord d’un précipice car c’est le seul angle de visée possible à l’arc : boum, la mort. 

Il est paradoxal que dans un jeu vous donnant le pouvoir d’avancer ou remonter le temps, ce soit principalement la gestion du timing qui soit impossible à cause de tous ces petits bugs de collision. D’autant qu’ils sont omniprésents et ruinent l’expérience d’un jeu qui aurait pu être réellement mieux pour peu que ces erreurs aient été résolues.

Comportant cinq mondes, Ageless offre une aventure qui se plie en 3/4 heures normalement. Les divers biomes ont chacun leur identité, et les graphismes 16-bit colorés sauront charmer vos yeux malgré un choix de police sans réel caractère. Le jeu est beau, chaque univers offre un dessin à la fois simple et détaillé, et c’est une des forces du titre. L’écriture est cependant très peu subtile et ne laissera la place à aucune zone d’ombre, les premiers dialogues décrivant explicitement votre héroïne comme triste et perdue dans les ténèbres, au travers de redondantes lignes de dialogue. La musique habille l’ensemble assez efficacement, et les niveaux cachent en eux des petits bonus qui, quand vous les collectez, vous offrent des dioramas sympathiques en voxel. Anecdotique mais c’est toujours un chouette détail. 

Galerie D'images

La comparaison avec Celeste était inévitable : abordant les mêmes thèmes,  arborant un style visuel similaire et demandant le même mélange de réflexion et de maîtrise, Ageless se retrouve de facto face au chef-d’oeuvre sorti deux ans plus tôt. Et c’est terrible car ses défauts n’en ressortent que plus grand. La narration par le gameplay qu’offre le jeu de Matt Thorson se retrouve remplacé par des dialogues aussi explicites que creux, le gameplay aux petits oignons laisse place à une maniabilité capricieuse et décourageante; seule reste la direction artistique qui a le mérite d’offrir un univers qui relève plus de l’inspiration que de la simple copie. On espère que les problèmes de collision, de gestion du ralenti et autres trouvent un patch rapidement car la version Switch d’un jeu prometteur risque fort de finir définitivement aux oubliettes dans le cas contraire.

Ce test d’Ageless sur Nintendo Switch a été réalisé à partir d’une version offerte par l’éditeur.

En bref

Avantages

  • Un principe en théorie chouette
  • Des graphismes colorés et beaux

Défauts

  • Mais trop de bugs de maniabilité
  • Écriture vraiment lourde et sans subtilité
  • Votre survie dépend plus du moteur physique que de vos réelles compétences
  • Le manque de finitions laisse un goût vraiment amer
Notre Note :
2/5